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DEUX FRÈRES ET LA SCHIZOPHRÉNIE

La pièce de théâtre Vu d’Ici met en scène Frédéric qui a été diagnostiqué schizophrène à son adolescence suite à des HDT (hospitalisation demandée par un tiers). C’est son frère Stéphane, proche aidant, qui en a été à l’origine. Adultes, ils se retrouvent pour créer ensemble un podcast sur leur relation, la schizophrénie et ce qu’elle provoque dans les relations familiales.

Le spectateur est invité à mettre un casque audio. Ce dispositif sonore permet de ressentir :

  • les effets de la maladie sur les personnes atteintes
  • les pensées de chacun
  • les reproches mutuels
  • ce qui fait la différence ou ce qui relie les personnes atteintes de leurs proches.

En abordant la schizophrénie du point de vue sensoriel, cette pièce de théâtre place le spectateur dans des situations proches de ce que peuvent ressentir les malades :

  • déformations auditives
  • difficultés de capter les messages
  • perturbations sonores.

La difficulté de synchroniser ses sensations est exacerbée et permet de comprendre avec justesse les effets de la maladie. 

« Lorsque je disais une phrase, c’est moi qui la commençais mais un autre la finissait »

Une proche complicité relie les deux frères, chacun pouvant exprimer librement son ressenti. Frédéric semble stabilisé malgré quelques moments de soliloques intensifs. En abordant un processus créatif conjoint avec son frère, il décrit avec sincérité sa pathologie :

  • se sentir parfois plusieurs à dicter sa vie
  • n’être qualifié uniquement que par la maladie : la schizophrénie 
  • « se sentir connecté avec le monde entier mais être séparé de tout ».
  • le sentiment d’inspirer la crainte chez autrui ou celui constant de l’inutilité, de l’insignifiance.

Il dépeint également le quotidien des temps d’hospitalisation et la destruction d’une vie ponctuée d’écrasement médical.

À cet effet, le spectateur écoute en off quelques paroles de Jean Oury, fondateur de la psychothérapie institutionnelle, qui témoigne de l’indispensable besoin de repenser le soin en plaçant le malade dans un processus de partage afin qu’il retrouve une place revalorisée, responsabilisée et désaliénée.

« Je ne suis pensé qu’au travers des médecins »

Stéphane semble plus fragilisé, comme souvent ceux qui tiennent une place d’aidant. Investi depuis longtemps par l’accompagnement de son frère, il montre ses faiblesses et se livre à des reproches qui ont jalonné son existence.

Un jeu de questions réponses pour le podcast fait office de jeu de la vérité.

Frédéric, d’abord « leur a volé leur mère », mais aussi offert une rancœur envers des parents qui n’y arrivent pas. Il leur a également légué tous ces moments de tensions où tous redoutaient ses crises. Imprévisible tout le temps, surtout dans les moments importants qui ont ponctué sa vie, ses réussites, la naissances de ses enfants, sa réussite professionnelle. Comme par hasard !

Grâce au diagnostic, Stéphane sait maintenant que c’est la maladie, la schizophrénie, qui agresse, et non son frère. Il s’accroche ainsi à l’aléatoire histoire des âmes fendues.

Faire un podcast permet de raconter une histoire à plusieurs : ne pas être seul, l’indispensable principe pour comprendre avec moins de souffrance. 

« Me confierais-tu ta fille à garder un week-end ?»

Vu d’ici offre au spectateur un moment d’une profonde émotion.

D’abord en marchant conjointement avec ces deux frères fragilisés pendant plus d’une « sur un lac gelé sur lequel nous urinons ensemble ». Ensuite, grâce au dispositif sonore qui permet de prêter une oreille attentive aux questionnements de chacun et de leur nécessaire dualité dans l’épreuve. 

Les proches sont les premiers témoins de la maladie mais ne sont pas forcément ceux qui se connaissent le mieux. Ou du moins doivent-ils faire l’effort de communiquer pour rester dans cette bienveillance critique indispensable au partage.

Les questions de l’un restent sans réponse ni justification de l’autre. Seuls l’amour et l’altérité sortent vainqueur de l’épreuve de la réalité.

Vu d’ici, pièce de Alexis Armengol au théâtre de Belleville (du 05/01/23 au 28/01/23)

Rédaction Marc Chevallier