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VIEILLIR ENSEMBLE

« Vieillir ensemble » de Julia Mourri et Clément Boxebeld donnent la parole aux plus âgés et posent la question de la vieillesse en France et ailleurs.

Julia Mourri et Clément Boxebeld

Editions Points

Un potentiel inexploité de la vieillesse 

« L’absurde idée qu’au-delà de laquelle notre ticket n’est plus valable » p 228.

Julia Mourri et Clément Boxebeld sont de jeunes auteurs dynamiques qui ont fondé Oldyssey.org, un site qui fourmille d’idées concrètes pour rapprocher les générations. Ils décident un jour de partir en voyage à la rencontre des « vieux », un terme assumé, voire même revendiqué. Leur ouvrage raconte leur voyage et les solutions originales crées par des citoyens âgés à travers le monde entier. Un ouvrage au potentiel d’une rare vivacité qui montre qu’être vieux, ce n’est pas fatalement être fragile ni vulnérable.

« Tu me donnes un avenir »

Paule Giron, 90 ans, est membre du « gang » Old’Up.fr* dont les adhérents réfléchissent à l’utilité qu’elles peuvent donner au rallongement de la vie. Elle cite ainsi sa petite fille : « Quand je te vois vieillir, tu me donnes un avenir » p 35. Comment redonner de l’utilité au rallongement de la vie sans plonger inexorablement dans le jeunisme ambiant ? Julia Mourri et Clément Boxebeld développent l’idée que les jeunes prendront mieux leur destin en main si leurs ainés restent avant tout des modèles identificatoires ayant un rôle social. La perspective de vieillir s’en suivra moins négative et notre société développera davantage des liens qui rapprochent les générations. Car les jeunes sont tout simplement les vieux en devenir.

* Old’Up.fr :  Plus si jeune mais pas si vieux 

« Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt de rajouter de la vie à ses années » p 32.

Les Soccer Grannies de Nkowankowa* femmes dont les âges sont compris entre 65 et 90 ans ne rêvent que chose : une coupe du monde de foot 4ème âge. Elles se sont mises au sport sur le tard à l’initiative de Mama Beka qui lutte depuis 2004 contre un cancer du côlon. Après de longs mois passés à l’hôpital, à l’occasion d’une séance de gymnastique d’entretien, Mama Beka arrive à convaincre certaines patientes de taper un ballon de football. De là naquit la fédération des Soccer Grannies qui regroupe désormais près d’un millier de « gogos », grands-mères en zoulou. Une équipe nationale même se créée. Arrivant clopinant sur le terrain, le public imagine mal ces femmes pétries de diabète, souffrant d’hypertension, ou de polyarthrite courir la balle au pied. Mais « Le temps s’arrête… Lorsqu’elles s’emparent du ballon, leur posture se transforme. Les corps abîmés, boiteux, s’animent jusqu’à devenir souples, précis, vigoureux » p 55. Mama Beka voit dans le foot le moyen de libérer ces femmes des contraintes de leur vie, des charges physiques, morales et financières. Issues en majeur partie des Townships, ces sportives se sentent moins vulnérables lorsqu’elles se retrouvent. Et le public est là.

* province de Limpopo au nord-est de Johannesburg

« Les savoirs des vieux seraient obsolètes » p 85.

La région de Guajira au nord-est de la Colombie est un désert. Province riche en ressources naturelles, elle l’est paradoxalement moins au niveau de sa population. La population indigène est analphabète en son tiers, la malnutrition et la pénurie d’eau tuent chaque année des milliers d’enfants. Andres, instituteur dans sa communauté de Pajaro fait intervenir dans sa classe le palabrero, celui qui parle. Vieil homme au chapeau de paille, aux lunettes de soleil aviateur à la chemise d’un beige immaculée, le palabrero utilise le dialecte local pour médiatiser les arbitrages entre les clans.

« Les vieux sont des passeurs. L’ancien ne s’oppose pas nécessairement au nouveau » p 96.

Une fois par semaine, Andres fait également intervenir un vieux dans sa classe afin de transmettre la culture qui leur a permis de rester dans cette province inhospitalière.  Lors de sa formation, Andres a bénéficié du programme Madre Tierra, la terre mère. Et c’est grâce à l’initiative d’Abadio Green Stocel*, que ce programme a pu se développer.

« Pendant 5 ans, les étudiants passent une grande partie de leur temps directement avec les sages de la communauté. Quelles sont mes origines ? Quelle est l’histoire de mon peuple ? Quelles solutions je peux trouver pour répondre aux problèmes de ma communauté ? » p 94.

Les vieux, passeurs de culture et de liens avec les plus jeunes leur permettent ainsi de ne pas jeter leur passé, ni leur langue. Tout cela au profit « d’une éducation officielle qui a trompé les peuples en leur faisant croire que toute la science et la sagesse vient des occidentaux » p 93.

*linguiste et 1er autochtone à avoir obtenu un doctorat en éducation à Medellin en Colombie

l’ONG Grandmother au Sénégal. Quand les vieux se mobilisent pour l’avenir des jeunes.

Dans le village de 200 habitants dans la région de Kolda Bakayoko, 2 hommes, un père et son frère décident de concert de marier leur fille de 12 ans. S’épanchant sur l’épaule de sa grand-mère, la jeune fille sait qu’elle aura le soutien des ainées du village et des alentours. Très rapidement s’organise la rencontre alliance. Le protocole est souvent le même, les grands-mères installent un sketch de parole avec les parties prenantes sous le regard des villageois. « Unies d’un seul bloc et d’une seule voix, personne ne peut remettre en cause la détermination des grands-mères et le mariage est annulé » p 102. Créée en 2005 par Judi Aubel* et une dizaine de Sénégalaises motivées, Grandmother forme les aînées. Elles seront dépositaires de la médiation pour arbitrer les conflits locaux, les mariages forcés, les excisions, ou éviter les grossesses précoces. Installée dans plus de 80 villages, on les sollicite même pour intervenir dans les écoles et encourager les enfants à poursuivre leurs études.

*anthropologue américaine lauréate de programme BBC 100 Women

« Et le temps d’un sanglot, oublier toute une heure, la pendule d’argent, qui ronronne au salon, qui dit oui, qui dit non » Les vieux 1966 de Jacques Brel.

De toutes les initiatives déployées aux coins du monde, il en ressort qu’un nombre considérable se crée d’abord au niveau local. Avant d’être parfois pérennisées par les pouvoirs publics. Elles ont toutes l’objectif d’inclure les vieux comme partie prenante de la société. Bien au-delà de la simple pratique consommatrice de loisirs. En Belgique, quelques retraités transmettent leur expérience aux jeunes chômeurs dans leur recherche d’emploi. A Pekin, des grands-mères « influenceuses » font leur talkshow sur la chaîne WE CHAT qui diffuse « La vieille pékinoise a quelque chose à dire* ». En Aveyron, Sophie Pillod enregistre les vieux qui racontent l’histoire de leur village. Elle les diffuse ensuite pour les touristes sur des bornes interactives à l’aide d’un simple QR code. Ce livre s’oppose farouchement aux idées reçues et témoigne d’engagements et de joies de vivre. Alors pourquoi considérer que la vieillesse est un naufrage. Ne serait-ce que peut donner aux jeunes la perspective que vieillir est positif.

*visible sur le site Oldyssey

Rédaction Marc Chevallier

 

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